Biographie

Biographie

L’enfance et les origines

Gérard Paul COCHET est né le 13 octobre 1988 à Avranches, en Basse Normandie, dans la Manche, dans la maison de son grand-père médecin.

Sa famille paternelle, probablement venue du Dauphiné, d’où ce patronyme est originaire,  n’était normande que depuis trois ou quatre générations. Son grand père, Paul COCHET, est né dans la commune du Ferré, aux confins de la Manche et de l’Ille et Vilaine. Après ses études de médecine à Paris,  il s’est installé dans son village du Ferré,  puis à St-James et à Avranches.

Sa famille maternelle au contraire, est solidement ancrée dans le terroir bas-normand, entre le Calvados (Condé sur Noireau), et la Manche (Avranches, le Mesnil-Thébault).  Cet ancrage Normand, et sa passion pour cette nature riche en verdure et en couleurs, va imprégner l’ensemble de son œuvre.

Pourtant, ce n’est pas en Normandie que Gérard Cochet a grandi. Son père Louis Cochet, né en 1856, après ses études au collège de Jésuites de Vannes, passe et réussit le concours de l’Enregistrement et des Domaines, administration dont il devient receveur. Il épouse Marguerite Letourneur-Dubreuil en 1887 ; après l’aîné Gérard, deux autres enfants naîtront, Jean,  et Marie-Thérèse. Du fait de différentes affectations de leur père, la famille s’installe à Nantes, puis à la Chapelle sur Erdre près de Nantes.

Les études et la vocation de peintre

Le jeune Gérard Cochet fait ses études secondaires chez les Jésuites de Vannes, au collège St François Xavier, comme son propre père. Son éducation classique, dans cette famille à la vie sociale riche et variée, aux liens affectueux où la fantaisie, l’humour ont leur place, s’ouvre vers d’autres valeurs  culturelles. La littérature, le latin, la philosophie, les disciplines artistiques et en particulier le dessin et la peinture font partie des goûts et des centres d’intérêt de la famille. Plus encore que son père, Louis Cochet, et que sa grand-mère paternelle, Gérard Cochet développe une passion prononcée pour le dessin. Ainsi avant l’âge de dix ans, il capture avec talent et réalisme les différentes postures d’un chat en train de jouer. En grandissant, il découvre que « le dessin était (sa) véritable préoccupation et que le reste n’était que de second plan ».

Il commence le Droit mais depuis 1905 il prend des cours de dessin et de peinture, avec son ami et peintre Amédée de la Patellière (1890-1932), dans l’atelier du peintre Nantais Alfred Girard-Leduc, ainsi qu’au musée des Beaux-Arts à Nantes. Il réalise ses premières toiles, des portraits de proches, il mène une vie joyeuse et insouciante, pleine de fantaisie, il réalise des dessins humoristiques pour son entourage.

En 1908 il est réformé et échappe au service militaire de l’époque, qui était de trois ans. Il choisit alors de se consacrer uniquement à la peinture et part étudier à Paris en 1909.

A l’académie Julian, il suit les cours d’Henri Royer et de Marcel Baschet ; il y rencontre les peintres Gustave Alaux et Guy Arnoux, qui deviendront ses amis. Il sera admis pour deux ans à l’Ecole des beaux-Arts ; il doute, se cherche, emporte quelques succès. Sa première œuvre importante est son « Saint-Georges terrassant le dragon » (actuellement dans l’église de Mesnil-Thébault dans la Manche), une œuvre encore académique sans aucune concession à la modernité.

Il expose pour la première fois en 1913 au salon des humoristes, avec 5 dessins consacrés à Don Quichotte ; il y reçoit des critiques encourageantes et se fait connaître de ses contemporains, mais ce goût pour la caricature, lié à sa jeunesse, le quittera après la guerre.

La guerre et la blessure

La guerre en effet va interrompre les débuts de sa carrière artistique. Bien que réformé du service militaire, donc non-réserviste, il s’engage volontairement au 104ème régiment d’infanterie et part à Argonne. Rapidement nommé Sergent, il dirige une petite escouade. Il raconte dans son journal de guerre, son quotidien et celui de ses compagnons, et laisse de nombreux croquis spontanés, des dessins plus poussés et portraits de ses compagnons (voir « Le carnet du Sergent Cochet », édition Henry des Abbayes).

En mai 1915, Il est blessé mors d’une attaque à Ambly sur Meuse. Gérard Cochet perd son œil droit.il obtiendra pour son comportement exemplaire la croix de guerre avec trois citations. Après sa convalescence il commande un camp de prisonniers civils avant d’être définitivement réformé.

Peintre, céramiste, graveur : les débuts d’une carrière

Il revient à Paris en 1918 et reprend son travail, se consacrant surtout à l’évocation de la guerre. Il expose à nouveau au salon des humoristes en 1917, des pastels et dessins de guerre, et commence les illustrations de livres qui contribueront à sa notoriété (« Cavalier de France », d’Henri Langevin)

Il découvre alors la gravure sur bois, puis l’eau-forte, sous la conduite d’André Dauchez, ainsi que la pratique de la céramique dans l’atelier Lachenal. Il cherche son style, doute, ne se laisse influencer ni par l’impressionnisme, ni par le cubisme et ses excès, ni par l’académisme du passé, même s’il en garde des aspects techniques. Comme ses amis Dunoyer de Segonzac, Luc Albert-Moreau ou Boussingault, il rejette les théories au profit de l’émotion, de la réalité matérielle, de la nature et de la vie. Dès 1918. Il partage un atelier avec Amédée de La Patellière et expose en janvier 1919 à la galerie sauvage à Paris où son ami de toujours a exposé l’année d’avant.

Dès le début des années 20 Gérard Cochet s’affirme principalement comme graveur. Il multiplie les illustrations notamment pour les éditions Crès et Grasset. Il développe la technique de la gravure sur bois et intègre un groupe de graveurs qui expose au Nouvel Essor, Rue des Saints Pères : d’abord des marines, puis d’autres thèmes,  évocations de la vie paysanne et des champs de courses. Les chevaux, en effet sont omniprésents dans son œuvre, dans les travaux des champs comme dans l’univers des courses hippiques.

A cette même époque, il s’intéresse à la céramique et travaille avec le céramiste Kohler puis au sein de l’atelier Lachenal où il réalise ses premières pièces et les expose. Il remporte un certain succès, il fait l’objet de critiques très positives (Ernest Tisserand dans « l’art vivant », à propos de la céramique française en 1928).

En dehors de la gravure et la céramique, Gérard Cochet mûrit dans son atelier le style de ses toiles ; il va commencer à en exposer dans les Salons : Salon de la société nationale des Beaux-Arts en 1921; puis au Salon des indépendants, au Salon d’automne, au Salon de tuileries ; ses premières toiles sont surtout des natures mortes et des nus, puis viennent les paysages normands, ainsi que dans une moindre mesure, les scènes de théâtre et le monde du spectacle.

Le mariage et la famille

En 1920, il fait la connaissance de sa femme, Marie-Louise Auvray, qui a elle aussi payé un lourd tribut à la guerre : très jeune veuve de guerre, illustratrice de mode, elle est mère d’une petite Chantal. Ils se marient en 1921 et s’installent Rue d’Arcole à Paris. Ils auront deux fils, Jean-Claude, en  1922, et Gilles, en 1928.

Le peintre partage son temps entre son appartement parisien rue d’Arcole, puis Rue de Sèvres, et sa maison familiale de Mesnil-Thébault, qu’il a héritée de sa mère et où il réside aux beaux jours, avec ses enfants -puis ses petits-enfants.

Il trouve dans la nature normande qu’il affectionne, et dans la vie des fermes, une source d’inspiration très riche: scènes de moissons, scènes de battage, visites à la ferme, labours ; les animaux et surtout les chevaux sont très présents dans ses toiles et gravures, représentés dans les fermes ou les champs, comme sur les champs de courses et concours hippiques à Avranches ou St Hilaire-du-Harcouët.

L’essor d’un peintre

Son travail de graveur est récompensé par le Prix Blumenthal en 1924 ; il accède alors à de nombreuses commandes d’illustration de livres, pour les éditions Ferenczi, les éditions Fayard, les éditions Grasset (au total, près d’une cinquantaine de livres).

Il devient en 1925 peintre officiel de la Marine ; il embarque à plusieurs reprises, entre autres sur le Duguay-Trouin, sur le Richelieu, il décore également des carrés d’officiers. Bien qu’il soit peintre de la Marine, et bon navigateur à titre personnel, la mer ne deviendra pas son sujet d’élection, il restera essentiellement un peintre terrien ancré dans son pays de Normandie.

En 1929 il fonde avec ses amis de toujours, Yves Alix, Robert Lotiron, Amédée de la Patellière, Charles Walch, le groupe de « la Jeune Gravure Contemporaine » ; ce groupe a pour objectif de promouvoir l’art de l’estampe à travers des expositions, et renforce l’amitié qui unit ses membres ; Gérard Cochet y sera fidèle toute sa vie.

Sa première exposition personnelle est organisée en 1927à la Galerie Briand-Robert ; il y expose 48 toiles, des nus, des natures mortes, des marines et des paysages d’Ile de France et de Normandie.

A la fin des années 20 il choisit d’abandonner la céramique et de se consacrer exclusivement à la peinture, la gravure et l’illustration.

Par l’intermédiaire de son ami Cecil Howard il expose à New-York en 1929. La crise qui sévit alors aux Etats-Unis atteint également l’Europe et le marché de l’art est sévèrement touché. Comme ses contemporains, Gérard Cochet est conduit à trouver des revenus supplémentaires dans le professorat et dans la presse. Il enseigne à l’académie Ranson de 1932 à 1935. Il aura comme élèves Michel Ciry et Lucien Fontanarosa. Il illustre de feuilletons populaires pour l’Intransigeant en 1935 et 1936.

Malgré ces difficultés matérielles, inhérentes à l’époque, il commence toutefois à trouver son essor en tant que peintre, recevant des critiques positives, qui louent un peintre de tradition française, comme Amédée de la Patellière et Dunoyer de Segonzac, ses amis et contemporains :

La peinture et la gravure de G. Cochet, « distinguées et sincères, (…) offrent une certaine sécurité d’ordre plastique en même temps qu’une harmonie d’inspiration » (A. Pierhal dans une enquête intitulée : « Mort de la peinture ? Retour au classicisme ?). On parle aussi de sa « réalité vivante », de son « fond de classicisme nécessaire et vital ».

Ses œuvres sont fréquemment exposées dans les galeries et Salons, et ces expositions sont régulièrement citées dans la presse artistique. L’Etat lui achète des tableaux, l’expose au Musée du Luxembourg réservé aux artistes contemporains.

En 1931, il réalise sa première décoration murale pour le foyer du théâtre de Belfort ; à cette époque, à l’initiative de Huisman, Directeur Général des Beaux-Arts, beaucoup de peintres contemporains sont mandatés pour décorer des bâtiments publics de façon plus moderne. En 1935, avec ses amis Yves Alix et Robert Lotiron, il réalise une autre décoration murale pour le lycée Pierre et Marie Curie à Sceaux (aujourd’hui disparue), puis d’autre monuments publics : un vaste panneau décoratif au Palais de la Découverte à Paris pour la salle de la chimie en 1937, une décoration murale pour l’école de l’Ermitage à Pontoise en 1939, et enfin en 1941 plusieurs  fresques pour le bureau de poste de la rue Tronchet à Paris, (qui existent toujours bien qu’en mauvais état…).

Durant ces années il ne cesse de graver : sur bois (principalement pour les illustrations littéraires), et surtout les eaux fortes, les pointes sèches et les lithographies.

Il travaille pour le théâtre (décors et costume des Noces de figaro en 1939…) et expose à La Biennale de Venise en 1938 et dans de nombreuses expositions internationales.

La disparition en janvier 1932 de son ami de toujours Amédée de La Patellière endeuille douloureusement ces années plutôt fastes ; il restera toujours fidèle à son ami d’enfance, il lui consacre des articles et des conférences.

Les années de guerre

La deuxième guerre mondiale interrompt ce cursus ; toutefois la débâcle survient malheureusement rapidement et la vie artistique reprend en France malgré l’occupation, les troubles et le rationnement. Gérard Cochet multiplie les séjours à la campagne avec sa famille, en Normandie, chez son frère au château de Chozé en Anjou ou encore à Montchauvet près de Septeuil dans les Yvelines (ce village abrite encore de nombreux peintres et artistes), où il possède une petite maison. Ainsi la campagne et les thèmes animaliers et champêtres inspirent de plus en plus sa peinture, de nombreuses toiles à thème rural : cour de ferme, moissons, le repas à la ferme… sont exposées en 1942 à la galerie Guiot.

En 1943 il est nommé membre du comité du salon d’automne, et participe ainsi à une exposition consacrée au peintre Braque, dont il fait le portrait à l’eau-forte : on voit dans cette gravure le peintre Braque dans atelier avec en décor, « tableaux dans le tableau », les œuvres du peintre.

Les gravures et les illustrations

En 1945 il commence l’illustration des « Fables de La Fontaine », son œuvre maîtresse en tant que graveur : 237 pointes sèches, éditées par le peintre, graveur et éditeur, Jean Gabriel Daragnès, pour le compte d’un mécène privé. Le graveur et peintre animalier Gérard Cochet y est au sommet de son art, ses gravures d’une grande précision révèlent toute la richesse d’observation et l’inventivité de leur auteur. Le travail va l’occuper pendant cinq ans.

Dans le même temps il réalise d’autres ouvrages importants, comme le Thérèse Desqueyroux de F. Mauriac et les poèmes de Francis James.

Il se consacre de plus en plus à la gravure ; celle-ci prend le pas sur la peinture. Nommé membre de la Société des Peintres-Graveurs en 1946, il y expose chaque année jusqu’à son décès.

Les dernières années

Dans l’après-guerre l’œuvre de Gérard Cochet va paître démodée, car à aucun moment il n’accepte les innovations du cubisme, qu’il déteste ; il reste fidèle à sa conception de la peinture figurative et harmonieuse, à la technique rigoureuse. Il continue à exposer, mais la gravure l’occupe davantage.

Il embarque de nouveau en tant que peintre de la Marine en 1949 et en 1952, il produit alors des marines, exposées régulièrement au Salon de la Marine jusqu’en 1960.

S production devient alors plus restreinte, sa santé décline, il cesse de peindre vers 1962 et ses dernières pointes sèches datent de 1966.

Gérard Cochet s’éteint à son domicile parisien le 8 janvier 1969.